BULLETIN du MUSÉUM NATIONAL d’HISTOIRE NATURELLE 11 11 II 111111111111111 1111 11111111 I PUBLICATION BIMESTRIELLE N° 219 MAI-JUIN 1974 zoologie 147 BULLETIN du MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE 57, rue Cuvier, 75005 Paris Directeur : Pr M. Vachon. Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst. Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot. Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier. Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle. Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis 1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science. Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970), constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers. A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique — Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Ecologie générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés. S’adresser : — pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬ toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 9062-62) ; — pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum 36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 — Crédit Lyonnais, agence Y-425) ; — pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue Cuvier, 75005 Paris. Abonnements pour l’année 1974 Abonnement général : France, 440 F ; Etranger, 484 F. Zoologie : France, 340 F ; Étranger, 374 F. Sciences de la Terre : France, 90 F ; Étranger, 99 F. Botanique : France, 70 F ; Étranger, 77 F. Écologie générale : France, 60 F ; Étranger, 66 F. Sciences physico-chimiques : France, 20 F ; Étranger, 22 F. International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070. BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE 3° série, n° 219, mai-juin 1974, Zoologie 147 Étude des Collemboles de Madagascar. II. Principaux cadres génériques des Symphypléones de l’étage montagnard par Jean-Marie Betsch * Résumé. — Description de trois genres nouveaux et de deux espèces nouvelles de Collemboles Symphypléones de la forêt dense humide de montagne, des fourrés à Philippin et des rochers som- mitaux du massif de l’Ankaratra, à Madagascar. Les trois genres nouveaux forment une lignée originale à l’intérieur des BourletielJinae par leur mode de reproduction. Abstract. — Description of three new généra and two new species of Symphypleona (Collem- bola) from the mountain’s rain forest, from Philippia’s bushes and sommital rocks of the Anka- ratra mountain range in Madagascar. The three new généra are very original inside the Bour- letiellinae by their breeding biology. Un long séjour au Centre ORSTOM de Tananarive et la participation aux trois cam¬ pagnes de la RCP 225 du CNRS 1 dans les montagnes de Madagascar m’ont permis d’étudier les synusies de Collemboles dans une série de biotopes à végétation ligneuse ou rocheux. Comme deux notes précédentes (1966 et 1970) le laissaient prévoir, la faune malgache est extrêmement originale. Les biotopes de Madagascar sont très diversifiés ; aussi, on assiste à une explosion de formes chez plusieurs genres. Il ne sera question, dans cette note, que de définir les cadres génériques présents en montagne ; seule l’espèce-type est décrite pour chaque genre nou¬ veau. Les récoltes ont déjà fourni plusieurs « formes » par genre, ce qui permet de bien cerner les caractères génériques, mais il me semble prématuré d’étudier dans son ensemble le matériel réuni jusqu’à présent. J’ai déjà expliqué, par ailleurs, les raisons de cette attitude (Betsch, 1971, pour Temeritas). Les cinq genres mentionnés ici ne sont évidemment pas les seuls qui soient présents dans les synusies de Symphypléones de l’étage montagnard, mais il s’agit là des genres caractéristiques ; d’autre part, les autres genres présents sont beaucoup moins originaux et leur répartition est bien plus large. * Laboratoire d’Écologie générale du Muséum national d’Histoire naturelle, 4, avenue du Petil-Châ- teau, 91800 Brunoy et Laboratoire de Zoologie, Centre ORSTOM, B. P. 434, Tananarive, Madagascar. 1. RCP 225 du CNRS. Etude des écosystèmes montagnards dans la région malgache. Responsable : M. le Recteur Paulian. 219, 1 530 JEAN-MARIE BETSCH Papirinus ankaratrensis n. sp. Le genre Papirinus a été créé en 1954 par Yosii pour l’espèce P. prodigiosus du Japon, remarquable par toute une série de caractères originaux chez un Symphypléone. Depuis, ont été décrits P. leleupi Delamare et Massoud, 1963, du Congo, et P. ieti Yosii, 1966, du Népal. A Madagascar, le genre Papirinus est bien représenté dans les forêts d’altitude. Les espèces déjà décrites du Japon, du Népal et du Congo proviennent, elles aussi, de zones d’altitude supérieure à 2 000 m. Le genre semble actuellement assez bien défini morphologiquement. Yosii, en 1970, y a même observé une particularité originale : le tube ventral proprement dit est un organe impair dans sa partie basale et pair dans sa partie terminale. Sur l’espèce malgache, il a été possible de pousser plus avant encore l’étude des caractères très originaux de ce genre. Seuls les caractères différentiels ou les compléments de morphologie seront donnés ici. Station : Madagascar Centre. Massif de l’Ankaratra. Station forestière de Manjaka- tompo. Forêt dense humide de montagne. Réc. J.-M. Betsch ; environ 100 individus. Mad. 770 : altitude 2 200 m, sous bois mort. 12-1-1967 ; Mad. 771 : altitude 2 200 m, litière. 12-1-1967 ; Mad. 775 : altitude 2 200 m, litière. 12-1-1967 ; Mad. 781 : altitude 2 200 m, sous bois mort. 3-2-1967 ; Mad. 782 : altitude 2 200 m, litière. 3-2-1967 ; Mad. 786 : altitude 2 100 m, sous bois mort. 3-3-1967 ; Mad. 991 : altitude 2 200 m, sous bois mort. 3-12-1967. RCP Mad. 1004 : altitude 2 050 m, sous bois mort. 11-1-1972 ; RCP Mad. 1005 : alti¬ tude 2 000 m, sous bois mort, 9-1-1972 ; RCP Mad. 1006 : altitude 1 800 m, sous bois mort, 5-1-1972 ; RCP Mad. 1008 : altitude 1 700 m, sous bois mort, 11-1-1972 ; RCP Mad. 1009 : altitude 2 050 m, sous bois mort, 15-1-1972. Description Taille : 1,2 à 1,5 mm pour la femelle, 0,8 à 1 mm pour le mâle. Allure générale caractéristique du genre, évidemment assez globuleuse, mais la partie thoracique du grand abdominal est moins volumineuse que chez l’ensemble des Symphy- pléones (à l’exception de Neosminthurus). Séparation peu nette entre les quatrième et cin¬ quième segments abdominaux. Dorsalement, les segments thoraciques II et III et abdo¬ minal I sont très souvent fort bien délimités. Pattes courtes et massives. Sur le vivant, les pattes postérieures sont ramenées sous le corps et presque invisibles en vue dorsale. Coloration : animal très contrasté avec : — le corps jaune or parsemé de très petites taches rousses. En fait, tout le corps est recouvert d’une pellicule décollée du tégument, vraisemblablement mucilagineuse, qui agglomère toutes sortes de corps (spores, mycélium de champignons, débris végétaux ...) 531 ÉTUDE DES COLLEMBOLES DE MADAGASCAR. II. qui donnent cet aspect moucheté de roux. Le grand abdominal, dépouillé de cette pellicule, est jaune pur. — la tête et les pattes brun foncé. Chez les individus jeunes elles sont violettes mais, avec l’âge, le pigment brun domine. — des taches oculaires rouges. Chétotaxie du grand abdominal (fig. 1) Macrochètes courts sur les segments thoraciques II, III et abdominal I, de même que sur les flancs des segments abdominaux II à IV. Fig. 1. — Papirinus ankaratrensis n. sp. En haut, habitus ; en bas, chétotaxie générale. 219 , 2 532 JEAN-MARIE BETSCH Sur les segments abdominaux II à IV, des doublets comportant un macrochète court, dont la taille générale et le nombre de barbelures au sommet augmentent du 2 e au 4 e abdo¬ minal, et une soie line à embase particulière. Pas de soie néosmintburoïde. Une seule trichobothrie, vraisemblablement C, longue, très fine et souple. Tégument original, formé de grains sensiblement alignés (système à base carrée). Fig. 2. — Papirinus ankaratrensis n. sp. A, chétotaxie céphalique ; B, labre ; C, mandibule ; D, maxille ; E, chétotaxie antérieure de l’Ant. IV ; F, chétotaxie postérieure de l’Ant. IV. ETUDE DES COLLEMBOLES DE MADAGASCAR. II. 533 Tête (fig. 2) Deux bosses interoculaires. Les deux taches oculaires sont saillantes ; l’ensemble des cornéules est placé sur une sorte de dôme ; deux soies par tache oculaire. Chétotaxie céphalique identique à celle de P. leleupi. Antennes Les mensurations moyennes chez la femelle sont : diagonale céphalique : 400 qm ; Ant. I : 80 p.m ; Ant. II : 150 p.m ; Ant. III : 120 pm ; Ant. IV : 105 pm. Le rapport antenne/ diagonale céphalique est de 1,15. Les rapports antennaires sont : Ant. I : Ant. II : Ant. III : Ant. IV = 1 : 1,9 : 1,5 : 1,3. L’antenne est donc courte, à peine plus longue que la diagonale céphalique. L’article antennaire IV est plus court que le III. Mais, comme l’ont souligné Delamare et Massoud, il s’agit d’une convergence, très imparfaite d’ailleurs, avec les Dicyrtomides. Article antennaire II à relief tourmenté sur sa face dorsale. La bosse, au tiers antérieur, porte une petite pointe insérée au fond d’une cupule. Sensilles de l’organe antennaire III libres, inclinés à 45°. Article antennaire IV imparfaitement subdivisé et présentant une chétotaxie à réparti¬ tion très originale (commune aux autres espèces du genre). Sur la face antérieure, seul le tiers distal présente un revêtement, alors que la face postérieure est presque entièrement pileuse. Il est difficile de distinguer les sensilles des soies. Plusieurs soies (ou sensilles) api¬ cales ont une extrémité renflée et une soie (ou sensille) externe est fortement recourbée et à apex capité. Il ne semble pas y avoir de vésicule apicale exsertile. Pattes (fig. 3 et 4) Elles sont courtes et massives (principalement le fémur de la P 2 ). Nombre des épines sur les trochanter et fémur : Pi P 2 P 3 Trochanter 2 à apex renflé 1 1 Fémur 2 à apex mousse soies spiniformes soies spiniformes Sur les tibiotarses, la partie distale et la face interne portent des soies longues ou des épines, la partie proximale et la face externe des soies relativement petites et arquées. Pra¬ tiquement toutes les soies ont un apex mousse, recourbé. Notons que certaines soies ou épines distales sont portées par une protubérance et qu’il existe, sur les trois paires de pattes, de petites pointes également portées par une protubérance, réparties comme suit : Pi P 2 P 3 Fémur 1 11 Tibiotarse 3 (dont une assez longue) 4 5 Deux ergots faiblement capités sur P 2 et P 3 , trois sur P x . ETUDE DES COLLEMBOLES DE MADAGASCAR. II. 535 Fig. 4. — Papirinus ankaratrensis n. sp. A, structure générale de la griffe ; B, coupes transversales de l’ongle ; C, coupes transversales de l’empo- dium ; D, vue interne de l’empodium ; E, vue interne de l’ongle. Les 2 épines proximales internes sur le tibiotarse de P 3 présentent un apex recourbé prolongé par une line aiguille. Leur morphologie est identique chez les stades jeunes. Une paire de soies sur les prétarses, semblant fichées dans le tégument, sans embase visible, au niveau du pli séparant le prétarse du tibiotarse. Griffes Les griffes des Papirinus sont hautement originales ; il n’existe que des différences de détail entre les griffes des trois paires de pattes : — ongle trapu, portant une tunique très développée, des pseudonychiae à nombre de dents faible mais variable ; — empodium à base granulée donnant naissance, côte à côte, à un axe fortement ramifié sur la face antérieure et à une forte épine pointue sur la face postérieure, ces deux organes n’étant pas granulés. 219 , 3 536 JEAN-MARIE BETSCH Des observations sur le vivant montrent que cette extraordinaire spécialisation de la griffe est d’une utilité très modeste : l’animal pose la tunique sur le substrat ; la pointe de l’ongle ne paraît pas servir en temps normal ; quant aux ergots et à la partie ramifiée de l’empodium, ils traînent sur le sol, visiblement sans rôle défini. Fig. 5. — Papirinus ankaratrensis n. sp. A, tube ventral et rétinacle de profil ; B, tube ventral et rétinacle, en vue inférieure ; C, tube ventral en vue antérieure ; D, un filament exsertile du tube ventral ; E, rétinacle, de profil. Tube ventral (fig. 5) Yosn, en 1970, a signalé, chez P. prodigiosus, que le tube ventral n’était pas entière¬ ment impair. Cette particularité se rencontre également chez P. ankaratrensis et P. leleupi (et aussi chez une espèce inédite de Collophora de Madagascar) : près de la moitié du tube ÉTUDE DES COLLEMBOLES DE MADAGASCAR. II. 537 ventral présente une structure paire, ce qui est fort intéressant du point de vue de l’ori¬ gine de cet appendice. Une soie à l’extrémité de chaque partie paire du tube ventral. Les filaments exsertiles sont aussi très originaux ; ils sont lisses à l’exception de 2 ran¬ gées de papilles, l’une composée de nombreuses papilles de taille réduite, l’autre compor¬ tant 5 ou 6 énormes papilles coniques, molles, flanquées extérieurement d’une ligne de très petits tubercules. Rétinacle (fig. 5) Sa morphologie est, elle aussi, très originale. L’apex du corps postérieur est divisé en deux. Il existe 2 dents sur chaque bras et un appendice basal (et non pas 3 dents par bras). L’appendice basal est directement fiché dans le tégument du corps et est nettement séparé des deux dents portées par le bras. Deux soies au corpus antérieur. Furca (fig. 6) Dens identique à celle de P. leleupi à l’exception d’une épine postéro-externe supplé¬ mentaire. Mucron sensiblement identique à celui de P. leleupi. La crête antérieure paraît absente. Pas de soie mucronale. Petit abdominal (fig. 6) Le segment abdominal V porte des macrochètes courts, semblables à ceux de Th. II, Th. III et Abd. I et, vers l’arrière, des macrochètes longs, barbelés. Pas de trichobothrie D. L’Abd. VI porte une couronne de soies circumanales, toutes modifiées chez la femelle ; le tégument est renflé au niveau de leurs embases. Ces soies circumanales se répartissent comme suit : — sur la valve supra-anale, du plan médian vers l’extérieur 1 1+1 1 médiane, bifide symétrique, dentelée bifides, dissymétriques, un peu dentelées soie assez courte, simple, à ailettes — sur chaque valve inférieure, du plan médian vers l’extérieur 1 1 1 + 1 + 1 + 1 1 dentelée appendice anal, à 4 branches dentelées, dirigé vers le bas soies longues, arquées, ne paraissant pas dentelées soie assez courte, rarement à ailettes Au centre de chaque valve inférieure, il existe un macrochète lisse, à extrémité mousse. Ces 2 macrochètes existent également chez le mâle. Chez le mâle, la soie médiane sur la valve supra-anale est également bifide, symétrique. La proportion des mâles dans nos récoltes est très réduite (3 %). ETUDE DES COLLEMBOLES DE MADAGASCAR. II. 539 Série-type déposée au Laboratoire d’Ecologie générale du Muséum national d’Histoire natu¬ relle de Paris, à Brunoy. Station-type : Madagascar Centre. Massif de l’Ankaratra. Altitude 2 200 m. Forêt dense humide de montagne. Litière. Justification Le genre Papirinus est très homogène et les différentes espèces sont, morphologique¬ ment, très proches les unes des autres. Par contre, du point de vue écologique, ces espèces sont très isolées, et cela vraisemblablement depuis fort longtemps. En effet, leur présence en altitude, dans les forêts de montagne de la zone intertropicale, montre leur apparte¬ nance à des faunes froides réfugiées en altitude lors du réchauffement de cette zone consé¬ cutif à la migration des pôles. En attendant la description des autres Papirinus de Madagascar et la révision du genre, indiquons simplement que P. ankaratrensis se distingue facilement des autres espèces par sa coloration et ses rapports antennaires : A ni. 1 Ant. II Ant. III Ant. IV P. prodigiosus 1 2,7 2,3 2,3 P. leleupi 1 2,5 1,5 1,5 P. ieti 1 2,65 2 1,7 P. ankaratrensis 1 1,9 1,5 1,3 A Madagascar, le genre Papirinus se rencontre dans la litière des forêts denses humides de montagne, avec Sphyrotheca et Bourletiellitas. Parmi les nombreux caractères très originaux que l’on rencontre chez Papirinus, il en est un qui mérite une attention spéciale : le tube ventral, impair dans sa moitié basale, pair dans sa partie distale, ce qui est un reste de l’origine paire de cet appendice. Le genre Papirinus fera l’objet d’une étude plus poussée dans un prochain travail de synthèse. Sphyrotheca madagascariensis n. sp. Station : Madagascar Centre. Massif de l’Ankaratra. Station forestière de Manja- katompo. Forêt dense humide de montagne. Réc. J.-M. Betsch ; environ 100 individus. Mad. 770 : altitude 2 200 m, sous bois mort. 12-1-1967 ; Mad. 771 : altitude 2 200 m, litière, 12-1-1967 ; Mad. 781 : altitude 2 200 m, sous bois mort, 3-2-1967. RCP Mad. 1004 : altitude 2 050 m, sous bois mort, 11-1-1972. Description Taille : 1,5 mm Allure générale habituelle des Sphyrotheca ; pattes et antennes assez courtes. Coloration : corps brun clair à moyen, un peu violet sur les flancs. Sommet du petit abdominal foncé. Pattes et antennes avec des traînées violettes. Tête avec 3 bandes longi- ETUDE DES COLLEMBOLES DE MADAGASCAR. II. 541 tudinales (une médiane, 2 latérales passant par les taches oculaires) brun moyen sur fond jaune. Taches oculaires noires, petites. Chétotaxie du grand abdominal (fig. 7) Corps recouvert à peu près uniquement de macrochètes lisses et à extrémité mousse. Parmi les macrochètes de la première ligne (Abd. I), le plus externe est très long et presque disposé à l’horizontale, rappelant un peu les 2 macrochètes caractéristiques d ’Afrosmin- thurus. Tous les macrochètes sont arqués ; certains d’entre eux sont dirigés vers l’avant de l’animal, d’autres vers l’arrière ; leur distribution est constante. Trois trichobothries en angle obtus ouvert sur l’arrière ; cette disposition est typique des Sminthurinae. Trichobothrie D présente sur le petit abdominal, chez l’adulte. Une soie dentelée à embase particulière très fine, à l’arrière du grand abdominal, dans la position habituelle de la « soie néosminthuroïde ». Chétotaxie céphalique (fig. 8) Nous remarquons en particulier les macrochètes lisses, à extrémité mousse un peu tronquée au sommet et deux paires de petits organes ovales. Sur chaque tache oculaire, un macrochète et un très petit microchète à extrémité mousse. 8 —8 yeux, très peu bombés. Zone oculaire plate. Granulation tégumentaire atypique, sauf sur le labre et les taches oculaires. Antennes Elles sont assez courtes. Chez la femelle, les mensurations moyennes sont : diagonale céphalique : 430 p.m ; Ant. I : 65 p.m ; Ant. II : 90 [im ; Ant. III : 105 fxm ; Ant. IV : 215 pm. Le rapport antenne / diagonale céphalique est de 1,1. Les rapports antennaires sont : Ant. I : Ant. II : Ant. III : Ant. IV = 1 : 1,4 : 1,6 : 3,3. Article antennaire I : une soie spiniforme sur sa face postérieure. Article antennaire II : plusieurs épines distales et un organe ovale postérieur. Article antennaire III : soies épaisses et à extrémité renflée dans la moitié distale de l’article. Un organe ovale postérieur, basal. Organe antennaire III formé de 2 sensilles, chacun au fond d’une cavité à ouverture étroite, longue, dont ils ressortent parfois, flan¬ qués d’un sensille de garde, supérieur. S’y ajoute un sensille court, inférieur, libre, flanqué d’une toute petite épine. Seule cette zone présente une granulation tégumentaire visible. Article antennaire IV : subsegmenté. 5 subsegments sont bien délimités. Il y aurait, en principe, un subsegment basal, 7 subsegments intermédiaires et un subsegment distal. Il est difficile de déceler les sensilles des soies normales dans le tiers distal de l’article. A remarquer, pourtant, un long sensille fort, postérieur et un court sensille (?) en forme de champignon. Il semble cependant que l’apex de l’Ant. IV soit abondamment pourvu en soies sensorielles. Pattes (fig. 9) De nombreuses soies ou épines sur les coxa, trochanter et fémur et le tiers basal externe du tibiotarse présentent une extrémité renflée. 542 JEAN-MARIE BETSCH Fig. 8. —■ Sphyrotheca madagascariensis n. sp. A, chétotaxie céphalique ; B, les trois premiers articles antennaires ; C, l’organe antennaire III ; D, qua¬ trième article antennaire ; E, labre. Plusieurs épines sur les trochanter et fémur. Seules les épines importantes seront consi¬ dérées ici. Elles se répartissent comme suit : Pi P 2 P 3 Trochanter 1 + 1 1 1 antérieure postérieure postérieure postérieure Fémur 1 antérieure 0 0 544 JEAN-MARIE BETSCH Organes ovales sur les coxa, trochanter, fémur et tibiotarse (sur ce dernier, un sub¬ basal, interne, et 3 postéro-externes), répartis ainsi : Pi P 2 P 3 Coxa 0 1 1 interne interne Trochanter 0 1 1 interne interne F émur 1 1 1 externe externe externe Tibiotarse 1+3 1+3 1 + 3 interne externes interne externes interne externes Pas de soie sur la coxa de P x . Champ trochantéral antérieur basal à 2 soies et distal à 2 soies ; il existe une 5 e soie en position intermédiaire. Les soies internes du tibiotarse sont spiniformes, parfois même très longues. Une paire de soies prétarsales. Griffe Forte, sensiblement identique sur les trois paires de pattes. Ongle à tunique renflée, à pseudonychiae de petite taille, avec une dent interne submédiane, 2 ou 3 dents externes basales. Empodium muni d’un épais filament qui s’élargit en ailette. L’ensemble dépasse nettement l’apex de la griffe. Tube ventral Impair. 1 + 1 soies. Vésicules exsertiles montrant 3 portions : une section basale courte, à deux rangées de tubercules, une moyenne dont la moitié interne est tuberculée et une distale très longue, entièrement tuberculée. Rétinacle 3 soies au corpus antérieur. Bras à 3 dents ; la dent basale paraît plus être un tubercule basal qu’une dent. Furca Série de soies antérieures courte : 2 distales + 1 basale, très courte. Mucron granulé sur ses deux faces ; il est impossible de distinguer la crête antérieure. Crête externe lisse, crête interne crénelée ; il existe une échancrure distale. Pas de soie mucro- nale. Petit abdominal (fig. 10) Trichobothrie D présente chez l’adulte. Chez le mâle et la femelle, une paire de soies très fines à embase analogue à celles des 546 JEAN-MARIE BETSCH trichobothries sur la valve anale supérieure et une paire sur les valves inférieures. De même, une paire d’organes ovales sur la valve supérieure, une paire sur les valves inférieures. Femelle : appendices anaux longs, dirigés vers l’orifice anal, dentelés dans leur moitié distale. 2 paires de soies circumanales de la valve anale supérieure sont très fortes et longues, dirigées vers l’orifice génital. Valvule génitale à 3 + 3 soies. Mâle : une paire de très courts appendices dans la même position que les appendices anaux chez la femelle. Ces organes existent également chez Afrosminthurus gladiator Dela- mare et Massoud, 1964, et Sphyrotheca bellingeri Betsch, 1965. Valvule génitale à 14 paires de soies épaisses. Série-type déposée au Laboratoire d’Ecologie générale du Muséum national d’Histoire natu¬ relle de Paris, à Brunoy. Station-type : Madagascar Centre. Massif de l’Ankaratra. Altitude 2200 m. Forêt dense humide de montagne. Litière. Justification L’espèce décrite ici appartient incontestablement au genre Sphyrotheca s. str. tel que l’a défini Borner en 1906, comme sous-genre opposé à Lipothrix. Les deux caractères, pré¬ sence chez l’adulte de la trichobothrie D et absence de vésicule mésothoracique, délimitent bien les Sphyrotheca s. str. A l’intérieur de ce groupe, Sphyrotheca madagascariensis est isolé des autres espèces (. multifasciata , santiagoi, hispida, vanderdrifti, bellingeri, formosana, gangetica , nepalica et implicata) par sa chétotaxie céphalique et dorsale et son empodium. Note sur les Bourletiellinae Cet ensemble de genres présentait une certaine unité morphologique, mais surtout un type de reproduction commun, à savoir une pariade suivie, chez le mâle, du dépôt d’un spermatophore ou d’une gouttelette spermatique directement pris par la femelle. Les moda¬ lités variaient selon les genres ou même le groupe d’espèces (Bretfeld, 1970). Aussi est-ce avec grande surprise que j’ai observé en élevage le comportement reproducteur de trois représentants incontestables des Bourletiellinae communs, respectivement, dans la forêt de montagne, sur les fourrés à Philippia et sur les rochers du sommet, dans le massif de l’Ankaratra. Ce comportement reproducteur se caractérise par : — l’absence de pariade ; — le dépôt de spermatophores pédonculés par les mâles, au hasard ; — la prise au hasard des spermatophores par les femelles. Ce comportement est identique, en tous points, à celui des Sminthurinae et des Dicyr- tornidae. Notons de plus que les caractères sexuels secondaires de ces trois types de Bourle¬ tiellinae sont très réduits. Il s’agit incontestablement de trois taxa très proches les uns des autres à l’intérieur de l’ensemble des Bourletiellinae et formant un phylum tout à fait à part. Pour chacun de ces genres, polyspécifiques, seules la description de l’espèce-type et la définition du genre seront données ici. L’étude de la totalité des « formes » de chaque ETUDE DES COLLEMBOLES DE MADAGASCAR. II. 547 genre fera l’objet de notes séparées, lorsque la majorité de ces « formes » auront été récoltées et que les données historiques et écologiques de leur répartition seront mieux connues. Bourletiellitas imerinensis n. g., n. sp. Le genre Bourletiellitas décrit ici renferme une série d’espèces de la litière des forêts d’altitude de Madagascar. Parfois, on peut le trouver en forêt, lors d’un fauchage de la strate herbacée (haute de 20 cm environ). Il est très remarquable par ses longues antennes, rappe¬ lant le genre Temeritas. Ce genre est absent, en principe, de l’étage de basse altitude de la forêt dense humide orientale défini par les botanistes (Perrier de la Bathie, Humbert, Guillaumet et Koechlin). En moyenne altitude, il est associé au genre Temeritas et, en forêt de montagne, aux genres Papirinus et Sphyrotheca. La synusie de moyenne altitude peut, sous des conditions très particulières (forêt au fond d’un ravin encaissé, soumis à des écoulements d’air froid), subsister jusqu’à des altitudes basses (110 m, dans le massif des Chaînes Anosyennes par exemple) : Bourletiellitas y est alors associé au Temeritas de moyenne altitude, bien que, du point de vue groupement végétal, on soit en forêt de basse altitude. L’espèce-type du genre, B. imerinensis, provient de la forêt dense humide de montagne du massif de l’Ankaratra. Station : Madagascar Centre. Massif de l’Ankaratra. Forêt dense humide de montagne, de 1 800 à 2 200 m. Réc. J.-M. Betscii ; environ 200 individus. Mad. 786 : altitude 2 100 m, sous bois mort, 3-2-1967 ; Mad. 787 : altitude 2 100 m, litière, 3-2-1967 ; Mad. 803 : altitude 2 100 m, sous bois mort, 24-2-1967. BCP Mad. 1004 : altitude 2 050 m, sous bois mort, 11-1-1972 ; RCP Mad. 1005 : altitude 2 000 m, sous bois mort, 9-1-1972 ; RCP Mad. 1006 : altitude 1 800 m, sous bois mort, 5-1-1972 ; RCP Mad. 1007 : altitude 2 050 m, fauchage de la strate herbacée, 15-1- 1972. Description Taille : de 3 à 3,5 mm pour les femelles âgées, environ 1,8 mm pour les mâles. Allure générale identique pour les deux sexes. Proportionnellement, les antennes du mâle sont plus longues que celles de la femelle. Coloration Jeunes : fond jaune avec des taches brun-violet dont deux d’entre elles dessinent un V sur le dos. Taches oculaires noires, yeux bleu sombre. Antennes très sombres à l’exception de trois zones claires sur les Ant. II, III et IV. Mâles adultes : la tête, le corps et le trochanter sont teintés en brun plus ou moins sombre. Les deux chevrons sont encore assez nettement discernables. Femelles adultes : encore plus sombres que les mâles ; l’ensemble des articles des pattes est brun sombre. Les deux chevrons sont pratiquement noyés dans la pigmentation brune. Fig. 12. — Bourleti.ellitas imerinensis n. g., n. sp. A, tête et antenne de la femelle ; B, tête et antenne du mâle ; C, extrémité de l’Ant. II et base de l’Ant. III ; D, organe antennaire III ; E, base de l’Ant. IV ; F, un subsegment intermédiaire de l’Ant. IV ; G, sub¬ segment distal de l’Ant. IV. 550 JEAN-MARIE BETSCH Après un long séjour dans l’alcool ou après avoir été éclaircis dans le Marc-André 1, les animaux adultes perdent la pigmentation brune. 11 ne reste alors que le pattern de coloration du jeune, bleu-violet. Chétotaxie du grand abdominal (fig. 11) Soies longues sans disposition particulière. Trois trichobothries alignées, équidistantes. Le tégument est finement plissé et ne semble pas granulé sur le sommet de l’arrière du grand abdominal, mais pourvu de grains primaires ailleurs (limite en pointillé). Tête (fig. 12) Chétotaxie composée de soies normales, certaines assez longues. 8 cornéules, dont 2 assez réduites, par côté. Antennes très longues Mensurations et rapports antennaires chez les femelles et les mâles de grande taille : ?